Beau passage de l'An à chacun, chacune d'entre vous
Comme une envie ce jour de vous partager ce texte qui me suit depuis des années
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Le Jour de l’An —
Une célébration du Logos
Florin Lowndes
Le Jour de l’An se trouve dans le temps de Noël, dont les
proportions peuvent se caractériser de trois manières différentes : comme
les douze Jours et Nuits saints ou bien les treize Jours et Nuits saints ou
bien encore, comme les douze Jours saints et treize Nuits saintes. Dans la
présente réflexion, c’est la deuxième façon qui nous intéressera, puisqu’elle
est particulièrement propre à éclaircir une facette secrète du Jour de l’An.
Rudolf Steiner a parlé à plusieurs reprises de la fête du Jour de l’An, par
exemple, dans le rapport de celle-ci avec l’ancien conte norvégien Le songe
d’Olaf Åsteson, en 1912 à Hanovre ; un deuxième
fois à Cologne, en 1913, à l’occasion de la première fondation de la Société
anthroposophique.
Une semaine après cette dernière date, il évoqua à nouveau « cette
époque si importante de l’année, sous le rapport de l’occultisme aussi. On
l’appelle le temps des treize jours ». Dans le calendrier
anthroposophique de 1912/13, ces jours sont caractérisés par les « treize
jours particulièrement productifs pour l’approfondissement mystique ».

Ce moment débute le soir de
Noël et se termine à l’Épiphanie (jour de la manifestation de Jésus aux Rois
Mages).Les treize Nuits saintes commencent à partir du soir de Noël, le 24
décembre et se terminent avec la nuit du 5 au 6 janvier ; les treize Jours
vont du jour de Noël, le 25 décembre, au 6 janvier, jour de l’Épiphanie. Dans
cette succession, le Jour de l’An est le huitième jour, la Saint-Sylvestre, la
huitième nuit.
Ainsi la nuit de la Saint
Sylvestre et le Jour de l’an subdivisent ce laps de temps selon les proportions
du nombre d’or : 5 :8 :13. La question se
pose de savoir ce que signifie cette disposition. Le 25 décembre est le jour de
la naissance de Jésus ; le 6 janvier est le jour de l’apparition [naissance à la Terre et mort
au Ciel, ndt] du Christ par le
baptême du Jourdain ; qu’indique le Jour de l’An ?
La division selon le nombre
d’or est connue de l’homme depuis l’Antiquité. Le partage d’une unité est
réalisée de manière telle que les parties (subdivisions) se trouvent dans le
même rapport entre elles et avec l’unité : A, divisée par B = B, divisée
par C = nombre d’or, où A (= B + C) est l’unité, B la plus grande et C la plus
petite des parties.
Les Grecs caractérisaient ce
« rapport » par lequel naquit
la création du monde aux temps primordiaux, par le mot Logos. Puis le
créateur a partagé l’Unité primordiale en la Dualité primordiale selon la
division du nombre d’or primordial, de façon que le monde puisse se manifester
par lui. (Le mot Logos nous est
familier dans le sens de « Verbe » ou « parole » dans un
contexte religieux ou scientifique). Mais
ce n’est qu’à une époque tardive de la civilisation grecque qu’il a reçu la
signification de « récit, parole, histoire, mot ». C’est dans le sens
le plus ancien, celui de « rapport » qu’apparaît le terme Logos
dans le prologue de l’Évangile de Jean désignant le Logos-créateur
du monde Le même sens de Logos johannique, correspond aussi aux Dieux
créateurs de l’Ancien Testament, les Élohim, qui ont organisé le chaos
primordial en le scindant, formant ainsi le ciel et la Terre. Dans l’Apocalypse
de Jean, l’épée à deux tranchants apparaît comme le symbole du Verbe,
Créateur du monde : «… et de sa bouche sortait une épée acérée à double
tranchant… » — Ap 1, 16) Les Mystères de Pythagore voyaient
encore dans l’étoile à cinq branches, le pentacle, la division selon le nombre
d’or, qui exprime la partition et en même temps la guérison du monde sous sa
forme la plus pure. Car aux sommets du pentacle, les lettres du nom (en grec)
du malade et de la déesse qui le guérissait, et en même temps le mot santé,
étaient visibles.
Dans la suite de l’évolution culturelle, la division par le nombre d’or a
acquis une grande importance, par exemple dans l’art, comme le principe de la
composition harmonique, ou bien dans les mathématiques comme le rapport
numérique singulier dans le domaine des nombres « irrationnels » inaccessibles
à la compréhension ordinaire. (Le plus connu de cette famille, le nombre π, caractérise le rapport du
rayon du cercle à sa circonférence). De nos jours, la division selon le nombre
d’or revient au premier plan dans la recherche sur le chaos. Ces recherches saisissent
les lois du vivant qui n’étaient pas abordables par les lois de la logique et
parviennent, par exemple avec les « mathématiques fractales », à la
possibilité d’un élargissement des sciences naturelles aux domaines du monde
éthérique. Avec cela le rapport selon la division par le nombre d’or occupe une
position centrale, comme le rapport numérique le plus pur, car « semblable
à lui-même ». Ainsi le concept primordial de Logos adopte aujourd’hui un contenu renouvelé, concret et
vivant, que lui confère la science moderne.
La division selon le nombre
d’or partage une unité (ligne, surface, grandeur, considérées du point de vue des mathématiques), dans un rapport qui, dans le sens primordial du
concept, est identique au rapport primordial de la Création du monde. Le Jour
de l’An partage aussi la durée des treize jours selon le nombre d’or et renvoie
par sa situation (par son rapport « doré » avec Noël et l’Épiphanie),
au Logos, au Créateur du monde. Au « milieu » entre le jour de
la fête de l’apparition du Christ, se place la fête du Jour de l’An comme fête
du Logos. Cette fête, Rudolf Steiner la désigne, dans le Calendrier
anthroposophique de 1912/13 comme la « fête de Jésus-Christ. En elle,
Noël est réunie l’Épiphanie, Jésus est réuni au Christ. Le Logos, qui
partagea l’unité primordiale en formant le ciel et la Terre, réunit la dualité
homme et Dieu en une unité nouvelle. Ainsi, de la même façon que dans les temps
primordiaux, le nombre d’or fut le signe du partage, il devient maintenant,
sous l’action du Logos, le signe de la guérison du monde partagé. La
nuit de la Saint Sylvestre et le Jour de l’An partagent ce laps de temps entre
l’ancienne et la nouvelle année, mais les réunissent aussi dans un moment
particulier durant lequel l’ancien peut se transformer en nouveau : un
moment de renaissance, une création nouvelle.
Les Évangiles ont déjà
subtilement annoncé, au début de leur récit respectif, ces trois événements de
la naissance de Jésus, l’apparition du Christ et de la Création par le Logos.
À Noël, nous fêtons la naissance de l’Enfant Jésus de la lignée de Nathan,
décrite par Luc ; le Jour des Rois, l’annonce faite aux Rois de la
naissance de l’Enfant Jésus de la lignée de Salomon, décrite par Matthieu ;
par ce même jour, comme jour de l’Épiphanie, nous fêtons aussi la descente du
Christ chez Jésus par le baptême dans le Jourdain, que Marc place au
commencement de son Évangile. Ainsi Noël est lié à l’Enfant Jésus de la lignée
de Nathan, le Jour des Rois à l’Enfant Jésus de la lignée de Salomon, l’événement
de l’Épiphanie avec le Christ ; et en outre nous pouvons relier la fête du
Nouvel An avec la fête de Jésus Christ, avec la fête de la création du monde et
la fête de la guérison du monde par le Logos que Jean décrit au
début de son Évangile : Nuit de la Saint Sylvestre et fête du Jour de l’An
— la Fête du Logos.
Das Goetheanum 1/1993.
(Traduction
Daniel Kmiecik)